The “maskirovka” or Russian art to deceive the enemy

The war in Ukraine can only recall this old military tradition of which we remain so proud in Moscow.

Surgis de nulle part, ils portent la cagoule et des uniformes dénués d’insignes. A Donetsk, Louhansk et ailleurs dans le Donbass, ces hommes qui se disent «Cosaques» exigent la sécession des petites républiques prorusses qu’ils proclament eux-mêmes dans l’est de l’Ukraine. A Moscou, on jure n’y être pour rien. Mais pour les forces occidentales, il n’y a pas de doute: c’est là l’œuvre des forces spéciales russes, qui ont remis au goût du jour la vieille stratégie militaire de la maskirovka.

«Maskirov-quoi?» demanderez-vous. Littéralement, le mot signifie quelque chose comme «petite mascarade». Mais dans le domaine militaire, cela fait référence à l’ensemble des techniques développées au cours des siècles pour tromper l’ennemi: dissimulation, mystification, effet de surprise, feinte, déni, désinformation… Ainsi l’an dernier en Crimée, on a vu débarquer en pleine nuit des «petits hommes verts», surnommés ainsi faute de pouvoir les identifier. Même les activistes prorusses semblaient surpris. Au Kremlin, Vladimir Poutine assurait qu’il s’agissait d’unités locales d’autodéfense, portant des uniformes sans doute achetés au rebut. Mais cinq semaines plus tard, une fois l’annexion de la péninsule votée par la Douma (parlement russe), le président reconnaissait que des troupes y avaient été déployées.

Un pur mensonge? Non, une maskirovka, s’amusera-t-on sans doute en Russie, où l’on n’hésite pas à faire remonter cette tradition militaire à la bataille de Kulikovo en 1380. Face aux 150 000 hommes de l’armée mongole, quelque 50 000 combattants slaves s’imposèrent par la ruse, une moitié des troupes s’exposant dans un champ tandis que l’autre, cachée dans la forêt, prit l’ennemi par surprise, racontait récemment à la BBC le major-général Alexander Vladimirov.

En réalité, c’est à l’ère soviétique que cette doctrine de la «mascarade» fut pleinement développée, pour déstabiliser systématiquement l’ennemi. Durant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, l’Armée rouge utilisa d’innombrables faux blindés et envoya des divisions entières dans de fausses directions pour tromper les Allemands. L’essentiel étant toujours de priver l’adversaire d’informations cruciales qui lui permettraient de prendre les bonnes décisions stratégiques.

Ce ne sont pas les seuls, évidemment, à y avoir pensé. Mais un certain degré de sophistication fut atteint à Moscou. Durant la guerre froide, un département entier du KGB, les services de renseignement soviétiques, était consacré à la maskirovka. Vladimir Poutine, ancien officier du KGB, puis directeur du FSB, c’est-à-dire des services secrets russes créés après l’effondrement de l’URSS, connaît bien sûr toutes ces ficelles. La «guerre masquée», c’est en quelque sorte une tradition de la maison.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here